16.04.2010
"A vot' Bon Coeur M'sieur Dames."
« À vot’ bon cœur m’sieu dame, une ‘tite pièce, un ticket resto ? À vot’ bon cœur. »
L’indifférence quasi totale de la foule à l’égard de l’homme assis sur le parvis de l’église, mendiant sa vie me glace le peu de cœur qu’il me reste. Dans un brusque élan d’humanité, ce qui m’est rare vu le peu d’intérêt que je manifeste habituellement à l’égard de mon prochain, je m’approche de l’homme en haillons puants, dépose quelques pièces dans son gobelet en plastique, puis lui murmure, de façon faussement sympathique et entièrement sournoise : « Les gens n’ont plus de bon cœur, il leur reste à peine de la pitié ! ». Interloqué, choqué presque, l’homme me fixe de ses grands yeux bruns, part d’un éclat de rire bruyant comme le tonnerre, détourne le regard, puis reprend : « A vot’ bon cœur m’sieu dame, une ‘tite pièce, un ticket resto ? À vot’ bon cœur. ».
Ce fut mon tour d’être surpris. Dans les yeux de cet homme, je n’avais lu ni tristesse, ni désespoir, seulement de la surprise, puis, combien rageant pour un homme de mon espèce, de l’hilarité. Vraiment, de l’hilarité. Je continue ma route, indigné du comportement de ce mendiant joyeux sensé ne pas l’être, envers moi, homme respectable, avec une situation confortable, mais dont le sourire depuis bien longtemps n’avait pas visité le visage. J’en deviens médisant et grommelle jusqu’à chez moi « A vot’ bon cœur, à vot’ bon cœur ! Mais à quel bon cœur !? Si cela était vrai, tu ne serais pas à la rue, quémandant pour une vie décente, satané clodo ! ». Je marmonne jusqu’à épuisement, jusqu'à ce que mes grommellements m’endorment d’ennui.
Toute la nuit, la phrase du vieillard hante mes songes jusqu’à ce que je me réveille en sursaut scandant la diatribe comme une incantation : « A vot’ bon cœur m’sieu dame, à vot’ bon cœur !! ». Je ne peux concevoir tant de naïveté devant ce monde si froid, si vil. Mais comment donc peut-on encore ne serait-ce qu’envisager le bon cœur des hommes ?
Quelques jours plus tard, me baladant au hasard de mes pas, je me retrouve devant le parvis de la même église. Inconsciemment, je cherche des yeux le clochard malappris de la fois d’avant. Personne. Je m’apprête alors à reprendre mon chemin, lorsqu’il surgit de derrière l’église, reboutonne son pantalon, et, bravant la vie de son large sourire, il s’exclame : « Sacré belle journée que celle-ci ! À vot’ bon cœur m’sieur dame, a vot’ bon cœur ! ». Assis sur un banc à quelques pas de là, je me demande ; mais pourquoi donc ce mendiant à l’air bien plus heureux que moi ? Pourquoi ais-je tout et lui rien et pourquoi est-ce lui qui est joyeux, alors que je suis moi-même seul et morose ? Tous ceux qui s’arrêtent à ses côtés ont pour lui un sourire, un mot gentil, une minute à lui consacrer, alors que moi-même je provoque plutôt mépris et indifférence. Mais pourquoi donc ais-je la sensation soudaine d’être entièrement inférieur à l’homme pouilleux qui se tient en face de moi.
« À vot’ bon cœur m’sieu dame, à vot’ bon cœur ! ». C’est décidé ! Je me dois de savoir ce qui le mets tant en joie, de savoir ce que j’ignore tant. D’un geste se voulant brave, je me lève puis me dirige vers lui à pas fermes et décidés. Plus j’avance, plus je l’entends distinctement et plus mes pas se font craintifs. Étrangement, cet homme m’intimide. Il me semble qu’il a compris depuis longtemps une chose dont je suis moi-même bien loin de me douter et cela me mets mal à l’aise.
« À vot’ bon cœur m’sieu dame. À vot ‘ bon cœur. ». Il ne me voit même pas arriver. Je reste alors planté devant lui, me tordant les doigts. Jusqu’au moment ou, sentant certainement une présence, il tourne la tête, m’aperçoit et m’adresse son fameux sourire, édenté mais infaillible : « Alors ? Reste donc pas planté là ! Va donc chercher des bières, t’as bien l’air d’avoir besoin d’faire causette toi ! ». Je m’étais attendu à tout, sauf à ça ! Sidéré, je pars chercher les bières en question, sans me rendre réellement compte de ce que je fais. « À vot ‘ bon cœur m’sieu dame » je lui tends sa bière. Il me remercie d’un clin d’œil, « et puis à la tienne jeune homme, et tu ne m’feras pas croire que ça, c’était de la pitié ! » et éclate de son rire tapageur.
Puis il se tait et me regarde. Après quelques secondes, je me rends enfin compte que, là, c’est mon tour de parler. Et me voilà lancé dans une explication bégayante. Je ne suis pas capable de concevoir qu’un homme dans une telle situation que lui, auquel le monde entier semble avoir tourné le dos, puisse être si heureux et demander au bon cœur des gens. « Mais regardez vous ! Si vous êtes obligé de mendier pour manger, c’est bien parce qu’ils n’en ont pas de bon cœur, les gens ! ».
Il rit à nouveau, me laissant l’impression d’avoir le tympan crevé, me sourit presque tendrement et me dit : « J’aime la vie pour ce qu’elle est, non pour ce qu’elle me donne. Mes choix sont miens. Le plus malheureux, c’est bien toi, qui a perdu tout espoir de bonheur en perdant ta foi en ton prochain. Tu n’en as pas du bon cœur, seulement de la pitié. Ceux qui s’arrêtent le font car ils en ont envie, et cela me suffit. L’humeur des autres dépend de moi, et je fais mon possible pour les rendre heureux, comme je le suis. Je suis heureux, je rends l’autre heureux. C’est donc à leurs cœurs que je m’adresse.
À vot’ bon cœur m’sieu dame, à vot’ bon cœur. »
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22.03.2010
Pas une couleur
Il y a du violet en chacun de nous, enfermé au tréfonds de notre âme. C’est notre boîte de Pandore. Peu ose s’y risquer, car ce violet, c’est la violence que nous avons en nous, cette violence que nous contenons plus ou moins selon nos personnalités, et que nous empêchons de s’exprimer. Notre violet apporte violence, mort et désolation.
J’aime à me croire bon et juste, mais me sais de nature agressive et brutale. Je suis capable d’entrer dans des colères dépassant l’imagination. Des colères si violettes que rien ne semble pouvoir les apaiser. Seul le blanc a le pouvoir de m’émouvoir, de me faire ressentir de l’amour, de la pitié. Ma mère est la seule personne que j’ai jamais aimé. Elle était mon calmant. Elle s’habillait toujours de blanc, ce blanc qui n’est pas une couleur. Elle mourut quand j’avais seize ans. dès lors, je n’avais plus tellement la force de contrôler ma rage, ma violence. Mon violet n’en devint que plus attirant. Le calme m’avait quitté, me laissant aux mains de mon violet.
J’ai admiré mon violet d’un peu trop près. J’ai trop convoité sa couleur. Et il m’a sauté au visage, s’est plaqué à ma face comme un masque, qui ne voulait plus me lâcher. La violence de mon âme s’est exacerbée lorsque le voile violet s ‘est incrusté sur mes yeux, me laissant alors sans répit de violence.
Peu à peu, mon violet s’est mis à nu. J’ai commencé par me battre, puis par tuer, torturer. Mon violet rongeait mon âme, ne me laissant plus en paix que dans la violence. Afin de remédier à ce violet torturant, je me suis engagé comme tortionnaire pour l’armée Rouge, bien plus Violette que Rouge, et me suis mis à vivre pleinement mon violet.
La notion du bien et du mal me devins alors totalement indifférente, comme inconnue. Seul m’importa de soulager la violence de mon violet. A chaque chair lacérée, à chaque hurlement poussé, à chaque fois que la douleur et la terreur imbiba une pièce, alors, l ‘espace d’un instant s’apaisa mon violet, ma violence, et perça quelque trait de blanc dans mon violet pourpre. Mon monde devint si lourd, si foncé, que j’en vint à chercher le blanc, le blanc de ma mère, le blanc si pur, si apaisant, ce blanc qui n’est pas une couleur.
Mais celui-ci était rare, la violence de sa recherche n’en devint que plus intense Je devins avide de carnage. Je tuai en ne pensant à rien d’autre qu’au blanc. Seule la vue du sang violet de mes victimes m’apportait un semblant d’apaisement, un semblant de blanc, comme si, en les vidant de leur sang, je me vidais de mon violet. Mais il en devint de plus en plus pourpre, si foncé que je commençais à ne plus rien distinguer. La vie perdait son peu d’attirance avec une couleur si aveuglante, je n’y voyais rien.
Le temps passait. Les têtes tombaient. J’étais le meilleur tortionnaire que l’armée ait connu. Mon âme, elle, était à bout, perdue dans la noirceur de mon violet. Ma violence me brûlait la peau, m’incendiait la tête.
Un soir, je remarquai un rai de lumière filtrant de la bouche d’une de mes si nombreuses victimes. Je lui desserrai les dents, lui glissait les doigts dans la bouche, et en sortit une clé. Stupeur lorsque je m’aperçus que celle-ci n’était ni violette, ni sombre, mais blanche et lumineuse.
La nuit même, je fis un rêve. Non pas un rêve violet, comme de coutume, mais un rêve blanc, comme la clé. En m’approchant de la porte du fond de cet Eden, je me rends compte que la clé appartient à sa serrure. M’apercevant que je tiens celle-ci à la main, je l’entre et essaie de la tourner. J’ai beau y mettre toute ma volonté, toute ma force, elle refuse de me laisser entrer.
Mon réveil est brutal et mon violet plus agressif que jamais. Seule la clé, toujours dans ma main, est restée blanche, appaisante et pure. Du rêve ne me reste qu’une espèce de certitude ; derrière cette porte, que cette clé ne veut pas ouvrir se trouve enfin la délivrance de ce violet qui a tant pris pas sur ma vie. Cette porte, je dois à tout prix l’ouvrir.
La clé dans une main, de l’autre j’enclenche mon arme, la colle à ma tempe, et presse la détente. Miracle, mon sang est resté blanc ! La porte de nouveau. Plein de confiance, j’insère la clé. Elle tourne cette fois. Et là le blanc m’enveloppe, me couvre de sa chaleur apaisante, de son absence de violet, il me renvoi dans le sein de ma mère, le seul endroit ou je ne me sois jamais senti bien.
Je vous laisse à ce monde trop plein de violet. Je me rue vers mon salut, vers cette lumière, vers ce blanc qui n’est rien d’autre que le néant, que le calme absolu. Vers ce blanc qui n’est pas une couleur.
20:44 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05.11.2009
La base de la DICTATURE
Voici la courte phrase qui réduit la dictature à de simples mots. Brève mais concise, cette phrase à été tirée de la nouvelle "le Sous-Sol" de Dostoievski. Elle résume simplement, mais de façon tellement vraie, comment de telles horreurs comme les multiples génocides qui ont déchiré notre monde ont pus avoir lieu, et plus particulièrement comment des millions d'hommes et de femmes ont pu suivre des idéaux inhumains, qui n'étaient pas forcément les leurs. La voici, dans toute sa simplicité et sa splendeur:
"Détruisez mes désirs, renversez mon idéal, présentez-moi un but meilleur, et je vous suivrai."
Sa logique est écrasante et effrayante.
Reflexion s'impose.
11:57 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.09.2009
Un peu de vie
Se balader dans les rues calmes. Rencontrer des gens, à droite, à gauche. Respirer l'air plus ou moins pur et frais. S'allonger sur l'herbe et être heureux du rayon de soleil qui frappe notre visage. Trouver le bonheur dans les choses simples, dans les courts mais intenses moments que la vie nous offre.
Bref vivre, comme on ne sait plus le faire.
Savoir apprecier l'Autre pour ce qu'il est. Pouvoir aimer, rien qu'un court instant, juste pour aimer, juste pour la personne croisée. Pouvoir aimer, sans regret, sans désir, juste pour le faire.
Bref, aimer son prochain, l'aimer comme soi-même, l'aimer comme on aimerai être aimer à chaque jour que Dieu fait.
Le bonheur n'est pas bien loin, mais nous sommes si nombreux à le croire hors de portée, et donc à ne pas en profiter.
Le bonheur, c'est soi, c'est les autres, c'est cette si belle nature qui nous entoure.
C'est ce monde pas si petit que ça.
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Humour Noir

Un homme sortait de chez lui lorsqu'il vit un cortège funèbre inhabituel arrivant au cimetière tout proche. Un corbillard, suivi d'un second corbillard avec derrière, un homme seul avec un pit-bull en laisse.
Quelques pas derrière lui, environ 200 hommes marchaient en file indienne. Ne contenant pas sa curiosité, l'homme s'approche respectueusement de l'homme au chien et lui dit :
-"Je suis désolé de vous déranger et je sais que le moment est mal choisi, mais je n'ai jamais vu un enterrement comme celui-ci. C'est l'enterrement de qui ?
- De ma femme.
- Que lui est-il arrivé ?
- Mon chien l'a attaquée et l'a tuée.
- Et qui est dans le deuxième corbillard ?
- Ma belle mère. Elle a essayé d'aider ma femme et le chien s'est retourné contre elle".
Entre les deux hommes, un moment de silence poignant...
- Je pourrais vous emprunter votre chien ?
- Mettez vous dans la file...
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